Taxes vertes : quand l’État étouffe le contribuable au nom de l’écologie

Comme chaque année, une nouvelle loi des finances a été adoptée et promulguée. Et surprise, l’article 74, qui instaure une taxe carbone sur les émissions de gaz à effet de serre dépassant les seuils réglementaires, marque une nouvelle étape dans la fiscalité environnementale en République Démocratique du Congo.

Sur le papier, cette mesure semble répondre à l’urgence climatique. En réalité, elle s’inscrit dans une tendance inquiétante : la multiplication des taxes dites « écologiques » par différents ministères, sans cohérence ni résultats tangibles.

La taxe carbone vient s’ajouter à la taxe pollution (TAPO), déjà perçue par le ministère de l’Environnement, dont l’impact sur la qualité de l’air ou la réduction des déchets reste invisible. Chaque loi des finances devient ainsi un terrain de compétition pour la création de nouveaux prélèvements. Cette course aux taxes traduit moins une volonté de protéger la nature qu’un besoin pressant de renflouer les caisses de l’État. Le problème n’est pas la fiscalité verte en soi, mais son instrumentalisation : au lieu d’être un levier pour financer des projets écologiques, elle se transforme en outil purement budgétaire.

Le contribuable, lui, paie le prix fort. Les entreprises, déjà confrontées à des coûts élevés, répercutent ces charges supplémentaires sur les consommateurs. Résultat : une pression fiscale accrue qui fragilise le pouvoir d’achat des ménages et freine la compétitivité économique. Pire encore, cette inflation fiscale ne s’accompagne d’aucune obligation de transparence. Où vont ces fonds ? Quels projets concrets sont financés ? Les réponses se font attendre. Sans traçabilité, ces taxes perdent toute légitimité et alimentent le sentiment d’injustice.

Une véritable politique environnementale ne peut se réduire à une logique punitive. Elle doit reposer sur trois piliers : rationalisation, transparence et incitation.

Rationalisation, pour éviter la prolifération de taxes redondantes qui asphyxient l’économie.

Transparence, pour garantir que chaque franc collecté serve à restaurer les écosystèmes, améliorer la gestion des déchets ou promouvoir les énergies renouvelables.

Incitation, enfin, pour encourager les comportements vertueux par des mécanismes attractifs, comme des crédits d’impôt pour les investissements verts.

L’urgence climatique exige des actions fortes, mais celles-ci doivent être efficaces et équitables. Tant que la fiscalité environnementale sera perçue comme un prétexte pour remplir les coffres de l’État, elle restera contre-productive. Le citoyen ne doit pas être le dindon de la farce : il mérite des politiques qui améliorent réellement son cadre de vie, et non des taxes qui l’étouffent sous couvert d’écologie.

Maître Ludovic MWAMBA TSHIBANGU, Avocat

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